Les traces

La mue

Le vendredi 30 juillet — Lévéjac

Une première partie du voyage est passée.
Une première peau est tombée.
Une mue sur le sol.
Le contenant évidé.

Absence de ce qui aujourd’hui est
en mouvement.

Traversé
par elle
empli par la statue vide.

Il ne reste que la peau.



D’un coté le corps. Son architecture. Sa mémoire.
Le corps relié à l’esprit, ici fondu avec lui.
Une entité de matière chargée de potentiel et de puits.

De l’autre, des matériaux, des espaces, des géographies,
et d’autres corps, le tout fondu lui aussi en une entité.

Deux complexités distinctes envisagées comme deux unités.

Entre les deux, la peau, les peaux.

Tous les sens, la conscience et l’instinct formant cette peau.

Les pores de l’enveloppe comme des percées vers.

Les pores, leur ouverture, leur inclinaison, comme un costume qui modèle le corps en visage.
Un regard.
Un masque.

L’entité devient identité.

Entre les deux masques embrassés, la zone de contact est parcourue d’épaisseurs changeantes.

Des points de contact sans épaisseur où passe un cercle, un son.

Des points de contact distants créant un espace réfractaire, difractant, où les fulgurances de chacun des corps fourmillent dans une foule de parole et de visages aux contours insaisissables, avant de pénétrer le corps de l’autre, chargé d’inconnu et de bruit.

Une peau comme un visage, comme une identité, un filtre entre soi et l’autre, entre soi et soi.

Une peau qui change.

Des souplesses et des douceurs
Des clartés
Des froncements
Des rigidités
Des opaques

Une tectonique de soi

ce tremblement profond

Une naissance latente sous la paupière nouvelle

Temps de gémellité

Un dialogue

Croiser les yeux du sacrifier.
Le peser.
Le palper.
Lui offrir la mort.
Fermer ces yeux.
Fermer ses yeux.

Eclore d’un visage nouveau.
Poser l’œil neuf sur des jambes nouvelles, fraîches et vacillantes.
Poser une larme et un baiser sur le chemin où la mue est restée.

Et partir.



— Les artistes :

Corinne Duval